Chronique | La Vie rêvée des chaussettes orphelines by Marie Vareille

Autrice : Marie Vareille
Maison d’édition : Charleston (France Loisirs pour la présente édition)
Date de parution : Juin 2019
Prix : 19€
Genre : Contemporain

Résumé

En apparence, Alice va très bien (ou presque). En réalité, elle ne dort plus sans somnifères, souffre de troubles obsessionnels compulsifs et collectionne les crises d’angoisse à l’idée que le drame qu’elle a si profondément enfoui quelques années plus tôt refasse surface.

Américaine fraichement débarquée à Paris, elle n’a qu’un objectif : repartir à zéro et se reconstruire. Elle accepte alors de travailler dans une start-up dirigée par un jeune PDG fantasque dont le projet se révèle pour le moins… étonnant : il veut réunir les chaussettes dépareillées de par le monde. La jeune femme ne s’en doute pas encore, mais les rencontres qu’elle va faire dans cette ville inconnue vont bouleverser sa vie.

Devenue experte dans l’art de mettre des barrières entre elle et les autres, jusqu’à quand Alice arrivera-t-elle à dissimuler son passé ?

L’avis d’Esquisse

Intriguée par le titre quelque peu surprenant et hors du commun et la couverture de la réédition France Loisirs, La Vie rêvée des chaussettes orphelines est le premier roman de Marie Vareille que j’ai lu. Et je peux dire que la surprise va bien au-delà de cette première introduction.

Je ne m’attendais pas du tout à un tel récit en me lançant dans cette lecture. J’avais pleinement conscience que ce roman me sortirait de ma zone de confort avec un résumé qui présageait l’histoire d’une entreprise dont l’objectif semble farfelu et des personnages qui le seraient tout autant. Clairement, je ne pensais pas être tant prise dans ma lecture, la plume de Marie Vareille est très fluide, légère et entraînante. Avec des chapitres cours, le lecteur ne voit pas les pages défiler. Puis, le dénouement est un plot-twist incroyable, peut-être un peu prévisible sur la révélation principale mais finalement, le déroulement de l’histoire et surtout les explications rendent la découverte inattendue.

Le roman se partage en deux points de vue qui s’alternent avec d’un côté le présent de notre protagoniste – en 2018 – et, d’un autre côté des passages de son journal intime écrit six ans auparavant lorsqu’Alice vivait à Londres. Ces derniers sont une fenêtre sur le passé qui jouent un rôle nécessaire à la compréhension de l’actualité. En effet, le caractère et les choix de l’héroïne sont directement influencés par les évènements antérieurs. La forme du journal intime permet une introspection totale sur les pensées et les sentiments du personnage mais également sur sa vie et ses relations, notamment celle qu’elle entretient avec sa sœur qui est un point clé de toute la trame narrative.

L’histoire principale, se déroulant donc en 2018 à Paris, suit une femme trentenaire nouvellement arrivée dans la capitale française. On comprend rapidement qu’elle cache un lourd secret, un passé qu’elle tente de fuir tout en se construisant une nouvelle vie parmi la foule. A partir de cet instant, les hypothèses commencent à émerger dans l’esprit du lecteur – personnellement, le début, influencé par les pensées de la protagonistes, m’a complètement induite en erreur sur la vérité.

Deux millions deux cent mille habitants. Paris ronronne, s’agite et fourmille. J’ai eu raison de venir ici. C’est l’endroit idéal pour disparaître, pour se fondre dans la foule des corps sans visage, oublier et se faire oublier du monde.

Parallèlement, le passé se révèle doucement au lecteur à travers les écrits d’Alice. On y découvre de nombreux éléments sur son enfance aux Etats-Unis, sa famille et toute son évolution au fil des années. Mais surtout, on se confronte à sa plus grande bataille : tomber enceinte. Un combat qui la ronge, l’oppresse tant les difficultés qu’elle rencontre dans cette quête sont nombreuses. Malgré son ton sarcastique et ses traits d’humour, la douleur qu’elle ressent est palpable.

Outre cette part très personnelle, se développe dans les textes d’Alice son lien avec sa petite sœur, Scarlet, son total opposé. Souhaitant vivre de la musique après avoir eu le coup de foudre sur la chanson « Wonderwall » d’Oasis – comme je la comprends, dites-vous que la voix de Liam Gallagher m’a accompagné durant toute ma lecture et l’écriture de cette chronique –, Scarlet se crée une personnalité en contradiction avec son aînée. Mais, malgré les divergences entre elles, Alice se montre comme la plus grande supportrice de sa sœur, endossant un rôle laissé à pourvoir par l’abandon, le rejet et l’absence d’amour parental vis-à-vis de sa cadette.

— J’ai bien plus peur de laisser tomber et de passer le reste de ma vie à me demander si j’y serais arrivée. Il n’y a rien de pire que les regrets.

Le récit est fort, souhaitant véhiculer un message précis : la vie est faite d’imprévues, de surprises. Peu à peu, Alice, enfermée dans ses règles et coupée du monde extérieur par les barrières qu’elle érige elle-même, s’ouvre à ceux qui l’entourent, aux nouvelles rencontres et finit même par trouver la quiétude là où elle s’y attendait le moins.

Des rencontres qui comptent bien la pousser à laisser sortir celle qu’elle était petit à petit en commençant par l’équipe très atypique d’EverDream. Il faut dire qu’avec une idée aussi loufoque qui est à l’origine de cette entreprise, il fallait bien s’attendre à des personnages hors du commun. C’est justement ce qui attire dans ce groupe, et personnellement, je pense que j’aurais adoré travailler avec chacun d’entre eux, même si le projet, trop extravagant mais avec une belle philosophie, a peu de chance d’aboutir.

Chris représente parfaitement l’aura de l’aventure où il embarque ses collègues : patron très enjoué, peut-être un peu trop inconscient vis-à-vis de l’avenir de son entreprise. Et même s’il s’agit du personnage auquel je me suis le moins attachée, il a pour objectif de transmettre un message important, celui de ne jamais baisser les bras, d’aller de l’avant même s’il faut essuyer une succession d’échecs pour enfin parvenir à un projet concret qui fonctionne. Son collaborateur, Jeremy, quant à lui est plus discret, en contraste avec son ami. D’apparence froide et distante au premier abord, on finit par s’y attacher à ce mystérieux papa qui se révèle être une personne beaucoup plus attentionnée et observatrice. Pour finir sur les collègues d’Alice, nous rencontrons Victoire et Reda, deux jeunes qui cherchent à acquérir de l’expérience dans leurs domaines. Chacun avec sa personnalité, ils apportent beaucoup d’humour, les rendant adorables et dignes des personnages secondaires qu’on aimerait voir un peu plus. Enfin, vient Saranya, présentée plus par obligation que par plaisir à notre protagoniste, elle est un peu à l’image des deux précédents : très bavarde, le genre de personne avec qui les plus silencieux n’ont pas peur de laisser des moments de gène par l’absence de conversation. Bien qu’au début je pensais ne pas me faire à son rôle qui monopolise toute la place, les scènes où elle apparait sont assez hilarantes et révélatrices en fin de compte.

On peut choisir de voir des signes, là où d’autres ne voient que des coïncidences. La vie est suffisamment surprenante pour donner matière à interprétation.

Je pense que cette lecture est arrivée au bon moment. Comme je l’ai dit, il ne s’agit pas d’un genre littéraire dont j’ai l’habitude de lire. Or, suivant une lecture compliquée qui m’a presque mise en panne de lecture, La Vie rêvée des chaussettes orphelines s’est révélé être un roman quitte ou double auquel j’ai complètement accroché.

See you soon,
Esquisse.


Aller, je vous laisse sur une note musicale…

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